Vous lancez Waze ou Google Maps, vous vous attendez à « le plus rapide », et vous vous retrouvez avec un détour, parfois +5 minutes, parfois plus. Ce n’est pas une panne, ni un bug isolé. Les applis ont changé de logique de calcul, et le résultat se voit surtout sur les trajets du quotidien, là où vous connaissez déjà « votre » route. Le point clé, c’est que la promesse historique, gagner du temps, passe plus souvent derrière un autre objectif : réduire l’impact environnemental et lisser le trafic. Dans la pratique, ça peut vous faire perdre du temps à vous, pour en faire gagner à d’autres, ou pour réduire des émissions. Et si vous ne touchez à rien dans les réglages, vous pouvez ne même pas comprendre pourquoi l’itinéraire proposé a l’air moins évident.
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Google Maps met en avant les itinéraires « économes en carburant »
Sur Google Maps, la bascule se traduit par la mise en avant d’itinéraires dits économes en carburant. L’idée n’est pas de proposer systématiquement le chemin le plus court, mais celui qui limite la consommation, avec des vitesses plus constantes, moins de dénivelé et un trafic plus fluide. Résultat concret: un trajet peut s’allonger de quelques minutes si l’appli estime que vous éviterrez des phases stop-and-go qui font grimper la conso.
Exemple typique: au lieu de vous faire traverser une zone urbaine avec feux, ralentisseurs et carrefours, l’appli peut vous pousser vers un axe périphérique plus long en kilomètres. Sur le papier, vous roulez plus « rond », donc moins d’accélérations, donc moins de carburant. Mais vous, vous voyez surtout l’addition immédiate sur l’écran: +3, +6, parfois +10 minutes selon l’heure et la densité du trafic.
Ce choix n’est pas neutre. Il installe une nouvelle hiérarchie: l’itinéraire « optimal » n’est plus uniquement celui qui vous fait arriver le plus vite, mais celui qui colle à un indicateur d’impact. Et c’est là que ça coince pour certains conducteurs, parce que le bénéfice est diffus, quand la perte de temps est immédiate. Un automobiliste interrogé, Serge, 38 ans, résume le ressenti: « Je veux bien faire un effort, mais pas découvrir au dernier moment que je prends 7 minutes de plus pour aller chercher les enfants ».
Waze applique aussi la logique CO, mais vous pouvez forcer « le plus rapide »
Waze suit la même direction: l’itinéraire recommandé peut privilégier un impact plus faible en CO plutôt que le strict gain de temps. Dans la vraie vie, ça se traduit par des arbitrages où l’appli évite certains axes, propose des routes plus roulantes, ou contourne des zones où les arrêts fréquents font exploser la consommation. Et comme Waze est très utilisé aux heures de pointe, le moindre changement de priorité se répercute vite sur des milliers de trajets.
La nuance importante, c’est que vous gardez la main. Dans Waze, vous pouvez vérifier les paramètres d’itinéraire et contrôler des choix qui changent tout, comme l’usage des autoroutes, des routes à péage, ou la sélection du plus rapide. Si vous ne le faites pas, l’appli peut continuer à vous proposer une option « plus sobre » par défaut, même si vous êtes pressé. Et ça explique pourquoi deux personnes, au même moment, n’obtiennent pas forcément le même trajet conseillé.
Critique au passage, parce qu’elle revient souvent: le changement manque de lisibilité. Beaucoup d’utilisateurs ne voient pas clairement pourquoi l’appli « insiste » sur un détour, ni quel est le gain réel en émissions. Sans un affichage simple, on a l’impression de subir une décision opaque. Et quand on est coincé entre une arrivée à l’heure et une option plus vertueuse, on veut au minimum une comparaison claire, pas un choix implicite.
Décret de 2022, annulation en 2023: la politique de mobilité pèse encore
En France, le mouvement a été accéléré par un cadre public. Un décret de 2022, pris pour appliquer la loi Climat et résilience, a imposé aux services numériques d’assistance aux déplacements de mettre en avant les itinéraires au plus faible impact en émissions de gaz à effet de serre. Sur le papier, c’est simple: moins de pollution, moins de congestion. Dans les faits, ça change la promesse faite aux conducteurs depuis des années.
Point important: le Conseil d’État a annulé ce décret le 27 septembre 2023, notamment pour un problème de consultation du public. Mais l’idée de fond, l’information environnementale et la pression vers des mobilités moins émettrices, reste présente dans les politiques publiques, avec des dispositifs comme les zones à faibles émissions. Et de leur côté, les plateformes avaient déjà engagé cette logique, ce qui explique pourquoi la tendance ne s’est pas arrêtée net après l’annulation.
Il y a aussi un enjeu de gestion du trafic, pas seulement de climat. En Île-de-France, les autorités ont demandé à Google Maps de favoriser des itinéraires alternatifs pour limiter la congestion, notamment avant les JO de Paris 2024. L’objectif est de répartir les flux plutôt que d’envoyer tout le monde sur les mêmes axes. Laurent Probst, directeur général d’Île-de-France Mobilités, avait même évoqué un enjeu de sécurité publique. Dit autrement: votre détour peut être pensé pour l’intérêt collectif, mais votre compteur, lui, affiche quand même des minutes en plus.
Sources
- Waze et Google Maps rallongent vos trajets, ce qui explique ce changement qui peut vous faire perdre du temps
- Pourquoi les trajets proposés sur Waze et Google Maps ne sont plus aussi courts qu’avant ? – Edition du soir Ouest-France – 14/04/2026
- « C’est honteux » : pourquoi Waze et Google Maps ne vous donnent plus les trajets les plus rapides ?
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