Huit adultes sur dix, au minimum, avec du chlordécone détectable dans le sang. Le chiffre n’a rien d’abstrait, il décrit une contamination de masse en Guadeloupe et en Martinique, mesurée plus de trente ans après l’arrêt de l’usage de ce pesticide. L’étude Kannari 2, menée à partir de 2024 et publiée le 24 juin, établit des taux de 81,3% en Guadeloupe et 85,5% en Martinique. Dans le détail, une part non négligeable dépasse un seuil interne de référence, fixé à 0,4 microgramme par litre. Santé publique France rappelle que, au-delà, le risque d’effets sur la santé « ne peut être exclu ». On parle de 14,3% des adultes en Guadeloupe et de 18,7% en Martinique. Le tableau s’améliore légèrement par rapport à 2013-2014, mais la contamination reste largement installée.
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Kannari 2 mesure 81,3% en Guadeloupe et 85,5% en Martinique
Le constat repose sur des prélèvements sanguins et un échantillonnage important, environ 1 170 adultes interrogés en Guadeloupe et 1 150 en Martinique. Le résultat, c’est une imprégnation détectable chez 81,3% des adultes en Guadeloupe et 85,5% en Martinique. Si vous espériez une exception statistique, elle est mince ; la norme, c’est la présence du pesticide.
L’étude souligne une « légère amélioration » par rapport à l’enquête de 2013-2014, où plus de neuf personnes sur dix étaient contaminées. Mais ce mieux relatif ne change pas la nature du problème ; l’imprégnation « persiste à un niveau généralisé ». Dit autrement, on ne sort pas d’une crise, on vit avec une pollution durable, dont la baisse est lente et inégale.
Autre point qui pèse : la proportion de personnes au-dessus de la VTRi fixée par l’Anses à 0,4 microgramme par litre. Elle concerne 14,3% des adultes en Guadeloupe et 18,7% en Martinique, soit environ un adulte sur six. Ce seuil ne dit pas « malade » ou « pas malade », il indique qu’un risque d’effets sur la santé au niveau populationnel ne peut pas être écarté.
Zones contaminées, âge, métiers : des niveaux deux à trois fois plus élevés
Tout le monde n’est pas exposé de la même manière. Le lieu de résidence compte, Santé publique France note que les habitants des zones contaminées, terrestres ou marines, présentent des niveaux moyens deux à trois fois supérieurs à ceux vivant dans des zones non contaminées. Concrètement, vivre près de sols pollués ou de zones littorales concernées, c’est augmenter la probabilité d’une exposition répétée.
Les métiers ressortent nettement. Les pêcheurs et les agriculteurs affichent les imprégnations les plus élevées. Ce n’est pas une surprise, leurs activités les mettent au contact direct d’environnements susceptibles d’être contaminés, sols, sédiments, produits locaux. Pour un pêcheur, la question n’est pas seulement ce qu’il achète, c’est aussi ce qu’il prélève, ce qu’il consomme, ce qu’il vend, avec une exposition qui peut s’inscrire dans la durée.
L’âge joue aussi ; les concentrations augmentent avec le temps, avec une différence marquée entre les moins de 50 ans et les 50 ans ou plus. Là encore, c’est logique : quand une substance persiste, l’exposition s’additionne. La nuance importante, c’est qu’il ne suffit pas de dire « c’est un problème du passé », puisque les niveaux mesurés aujourd’hui reflètent encore des contacts actuels avec un environnement contaminé.
Interdit depuis 1993, le pesticide reste présent dans l’environnement
Le chlordécone a été utilisé aux Antilles pour lutter contre le charançon du bananier, puis interdit, d’abord dans l’Hexagone en 1990, et jusqu’en 1993 aux Antilles. Classé depuis 1979 comme agent possiblement cancérogène, il laisse une empreinte longue, car la contamination ne se limite pas à une parcelle, elle peut se diffuser vers l’eau, les sédiments et les chaînes alimentaires. C’est ce mécanisme qui rend la sortie de crise si lente.
La population, elle, vit avec cette réalité depuis longtemps. Une enquête plus ancienne montrait que plus de huit personnes sur dix avaient déjà entendu parler du chlordécone, et qu’une part significative avait modifié ses habitudes alimentaires. Exemple concret : limiter certains produits perçus comme plus à risque, comme des légumes racines. On est loin d’un simple débat technique ; c’est un sujet qui touche l’assiette, la confiance dans les filières, et le quotidien.
Il faut aussi accepter une critique : les chiffres existent, mais la compréhension fine des expositions reste compliquée pour le public, entre zones terrestres, zones marines, produits locaux et circuits d’approvisionnement. Les disparités relevées par l’étude rappellent qu’une réponse uniforme a ses limites. La priorité, c’est d’outiller les habitants avec des informations claires, et de cibler les groupes les plus exposés, sans réduire le sujet à une statistique qui finit par anesthésier.
Sources
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