De tout temps l’homme a cherché à se situer dans l’espace, à comprendre et explorer l’univers qui l’entoure. Vision du monde ou représentation de l'espace environnant, la carte met en scène graphiquement les multiples enjeux qui traversent les relations que l'homme entretient avec le territoire (défense ou conquête, aménagement et mise en valeur du territoire). Œuvre collective d’atelier ou d’auteur la carte porte la marque des hommes qui l’ont conçue.
La carte comme vision du monde, représentation scientifique et œuvre d’artTout en se voulant une représentation scientifique de l'espace elle est loin d'être un objet neutre. Elle reflète d'une part l'évolution des savoirs et techniques, de l'autre la projection tantôt mythique, tantôt volontairement infléchie de l'image du monde. La carte nous renseigne donc autant sur ce qu'elle est censée représenter que sur les intentions de ses auteurs. Pourtant cartographier ne fut pas toujours une tâche facile (immensité des territoires, climat, guerres,…). On peut s’imaginer quel dut être le chemin parcouru pour qu’à partir d’une image sommaire et limitée de la terre, des conquêtes, des recherches, des contacts permettent l’élaboration de cartes aussi utiles par les renseignements qu’elles prodiguent que par la beauté intrinsèque de leurs dessins et de leurs coloris.
La collection J. BodingtonLes cartes et plans anciens conservés dans les services d’archives départementales restent trop souvent encore des documents méconnus du public. L’exposition «L’Histoire à la carte 1528-1856» tente d’inverser cette tendance en donnant un coup de projecteur sur ce type de sources. Parmi la centaine de cartes offertes par M. Bodington classée aux Archives départementales de Martinique au sein de la sous-série 36 Fi, le choix a porté sur une vingtaine de pièces, représentant entièrement la Martinique et non pas seulement des détails de son territoire. Tels ces explorateurs à la recherche de territoires inconnus, nous vous proposons de partir à la découverte de ces cartes.
L’art de dessiner des cartes appartient probablement aux types les plus anciens de l’art graphique, commun à toutes les nations primitives. Les croquis préhistoriques avec, en quelque sorte, des
éléments cartographiques, trouvés un peu partout dans le monde en témoignent très nettement. Plus de 4000 ans avant nous, les hommes fabriquaient déjà des cartes. Itinéraires gravés sur des tablettes d’argile, papyrus égyptiens portant les limites des champs… Ce sont les Grecs qui vont faire entrer la cartographie au rang de véritable science.
Pythagore et Aristote devinent déjà que la Terre est ronde, tandis qu’ératosthène, le bibliothécaire d’Alexandrie, parvient au IIe siècle avant J.-C. à calculer la circonférence de la Terre avec une précision surprenante.
Ptolémée, pionnier de la cartographie (IIe siècle de notre ère)
Le savoir cartographique culmine avec l’œuvre de Claudius Ptolemaeus communément appelé Ptolémée (vers 90-168). Bibliothécaire et astronome d’Alexandrie il est le premier géographe moderne. Sa géographie peut être considérée comme un guide pour la mise au point de la carte du monde. Elle comprend 350 points fixes déterminés astronomiquement ainsi qu’environ 8000 indications de lieux connus en fonction de leur latitude et de leur longitude.
S’il est facile de connaître la latitude en mesurant les angles de l’ombre portée, le calcul des longitudes donna lieu à d’énormes erreurs d’échelle. Les calculs de Ptolémée donnaient ainsi une terre réduite aux trois quarts de sa taille réelle, ce qui incita plus tard Christophe Colomb à penser que le trajet vers l’Inde serait plus court en partant vers l’Ouest.
Le Moyen Age chrétien connaît une régression scientifique majeure et un recul profond de la cartographie. L’Eglise rejette toutes les bases scientifiques des Grecs notamment sur la forme ronde de la terre, pour adapter la cartographie aux dogmes religieux. Les cartes sont alors dominées par une vision biblique du monde, où la Terre est plate et divisée en trois (Asie, Afrique, Europe) et «orientée» vers Jérusalem.
De dimensions imposantes agrémentées d’une riche ornementation liée à l’iconographie chrétienne et biblique, ces cartes étaient souvent peintes sur les murs des cathédrales ou des couvents.
Au XIIe siècle, les Arabes ressortent les cartes de Ptolémée et importent une invention chinoise : la boussole. Grâce à celle-ci et à l’astrolabe, instrument primordial de navigation, ils dessinent des cartes nautiques, les portulans. Ces cartes décrivent précisément les côtes, longées par les navigateurs de l’époque. Les Européens redécouvrent à leur tour la cartographie scientifique et prennent connaissance de l’œuvre de Ptolémée seulement au XVe siècle, période marquant la «renaissance» de la cartographie influencée par la découverte et la conquête de nouveaux territoires.
La renaissance de la cartographie fut marquée par les découvertes géographiques. Celles-ci bien entendu ne furent pas l'œuvre du hasard. Elles étaient liées tant à l'essor du commerce de l'époque qu'à l'évolution des connaissances techniques : découverte de la boussole, de l'orientation des vents et des courants marins, perfectionnement de la navigation maritime et introduction de nouveaux types de bateaux sur lesquels les navigateurs pouvaient prendre le large avec l'espoir de retourner à bon port.
Grâce aux expéditions portugaises puis espagnoles du XVe siècle (Christophe Colomb, Vasco de Gama, Balboa, Magellan ou El Cano), les cartographes purent dessiner sur les cartes de nouveaux territoires, avec une précision beaucoup plus grande. Ces différentes étapes des avancées portugaises furent consignées sur des cartes d'origine italienne. Ayant appris l'art de la cartographie pour la plupart à Venise, ces cartographes italiens puisaient aux sources portugaises les données nécessaires pour leurs cartes. Entre 1474 et 1480 Paolo Toscanelli médecin florentin, père de l'idée de la voie directe par l'ouest vers le "pays des épices" remit à Colomb une carte maritime. Les indications portées sur cette carte, dont les Antilles, servirent à l’Allemand Martin Behaim pour concevoir en 1492 le plus ancien globe terrestre conservé.
Outre ces cartes manuscrites, les premières cartes imprimées du monde étaient publiées. Les Amériques du nord et du sud, nettement séparées de l'Asie furent représentées pour la première fois.

Sur cette carte représentant les Antilles on peut reconnaître dans les dénominations actuelles : Antigua, Sainte-Croix, Saint-Martin, Redonda, Montserrat et la Dominique. Buchima au centre correspond à l'une des dénominations de Porto-Rico. Il existe bien sûr de telles confusions dans leurs situations et leurs délinéaments qu'il serait utopique de tenter de les identifier avec les données de nos atlas modernes.

Sur la carte la Martinique dénommée Matinina, figure à l'instar de toutes les cartes de l'Isolario les directions et noms des vents utiles aux marins. S représente le Siroco vent du Sud Est, P le Ponant vent d'Ouest, A le Garbin vent du Sud Ouest, 0 l'Ostro vent du Sud.
Certes la figuration de l'île est très éloignée de la réalité mais l'on observe qu'il s'agit d'une île au relief particulièrement montagneux.
Jusqu’à la découverte de l’imprimerie (vers 1440) les cartes étaient reproduites à la main. Dès lors, les cartographes traitèrent directement avec les imprimeurs permettant une reproduction plus fidèle de l’original et de meilleures possibilités commerciales. Deux grands procédés se sont succédés.
La gravure sur bois
Cette technique dite «en relief» fut la principale jusqu’au milieu XVIe. La carte tracée sur un bloc de bois puis évidée par le graveur à l’aide d’outils tranchants (canifs, gouges) apparaît en relief pour que l’encre s’y dépose. Une feuille de papier pressée contre les surfaces encrées permet d’imprimer. On distingue la gravure dans le sens des fibres «bois de fil» de celle travaillée dans le sens contraire «bois de bout». Les blocs de bois étant fragiles et difficiles à modifier, cette technique fut concurrencée par la gravure sur cuivre.
La technique dite en «taille-douce» offrant une grande finesse du tracé consistait à creuser de fins sillons sur une plaque de cuivre encrée puis pressée sur un papier humidifié. Des procédés mécaniques (burin) et chimiques (eau-forte) furent utilisés. Pour le burin on creusait directement dans la plaque tandis que l’eau-forte permettait de dessiner sur un vernis recouvrant le cuivre. Après immersion dans de l’acide les parties dessinées se creusaient. Toutes ses techniques appelant des spécialités diverses, on retrouve souvent au bas des cartes les noms et rôles des différents intervenants. Pour exemple «auctore, delineavit, descripsit, ou invenit» pour le cartographe, «caelavit, fecit, incidit, sculpsit, ou sc.» pour le graveur, «excudit, ou excud.» pour l’imprimeur ou l’éditeur.
De 1570 au milieu du XVIIe siècle, les Pays-Bas, par leur maîtrise de l'imprimerie et de la gravure, eurent le monopole de la production cartographique et influencèrent son évolution dans bien des domaines. Les maisons d’édition ne cessaient de préparer de nouvelles éditions d’atlas dans lesquelles les cartes originales dépassées étaient remplacées par de nouvelles, recueillies auprès de cartographes de tous les pays d’Europe. Les modèles finement gravés et colorés, édités en plusieurs langues et accompagnés de descriptions géographiques imprimées à l’envers des cartes contribuèrent de façon considérable à la diffusion de la culture géographique. On peut citer les noms de Abraham Ortell dit Ortelius créateur du premier atlas dans son acception actuelle ou Gerardus Mercator à l'origine de la première projection du globe apportant une réelle description des contours des terres.
...et le déclin
Toutefois bon nombre de cartographes hollandais à quelques exceptions près, utilisaient des données non vérifiées notamment en ce qui concerne les coordonnées géographiques. L’intérêt commercial et le profit remplacèrent la rigueur et les exigences scientifiques. La cartographie des Pays-Bas qui avait imprimé son orientation à la cartographie européenne, s’éteignit à la fin dans la course au profit entre ateliers, le marché étant saturé de tirages de cartes peu ou pas corrigées.

Cette carte figure très probablement parmi les plus anciennes cartes françaises imprimées de la Martinique. Sanson y met en évidence le partage de l’île entre les Caraïbes et les Français. La Cabesterre "demeure des sauvages" et l’autre partie "demeure des françois" depuis 1635. La Cabesterre ou "Côte-au-vent", désigne dans le vocabulaire de marine de l'époque une terre exposée aux vents d'est, les alizés, par opposition à la Basse-Terre ou "Côte-sous-le-vent".
Après de longues années de conflits, ce partage cessa en 1659 par l’expulsion des derniers Caraïbes qui se réfugièrent dans les îles de la Dominique et de Saint-Vincent.

Cette carte de la Martinique s’inspire d’une manière générale de celle de 1650 de Nicolas Sanson en reproduisant le partage du territoire marqué désormais par la présence française dans la partie autrefois réservée aux caraïbes. Par ailleurs elle s'enrichit d'un cartouche du Plan de la ville et du Fort Royal ainsi que d'une petite vue du profil montagneux de l’île.

Sa carte se différencie de beaucoup d'autres par le mode d'orientation choisi, le nord se retrouvant vers le bas. Elle précise le découpage des paroisses entre les congrégations religieuses (jésuites, capucins, jacobins). Elle affiche également un intérêt supplémentaire par l'indication d'une légende chiffrée de 1 à 63 précisant les toponymes (bourgs, rivières…).

Cette carte qui s'inspire dans son aspect général de celle Van Keulen, montre le découpage des paroisses entre les congrégations religieuses. Afin d'identifier ses paroisses elle utilise un système de légendage similaire à la carte de De Fer.
Au milieu du XVIIe siècle, le centre de la production cartographique se déplaça dans plusieurs autres pays : la France , l’Angleterre et l’Allemagne. On assiste alors au début de transformations, conséquence de nouveaux travaux théoriques, de l’emploi de nouveaux instruments et de nouvelles méthodes de mesures. Les géographes français à la base de cette réforme, influencent profondément le style et la conception de la cartographie européenne et mondiale. Véritables spécialistes plaçant souvent l’intérêt scientifique au dessus du bénéfice personnel, ils n’hésitaient pas à laisser des espaces blancs sur les cartes s’ils ne pouvaient vérifier les données empruntées.
La représentation cartographique détaillée
Les Français avaient recours à un nombre suffisant de localisations astronomiquement reconnues, de nouvelles méthodes de triangulation (méthodes s'appuyant sur la trigonométrie) et de définition des longitudes. Tous ces travaux annoncent une nouvelle ère cartographique et exercent naturellement une influence en dehors de la France.
Dès lors arpenteurs, topographes et cartographes des autres pays d’Europe posent les bases d’une cartographie détaillée de leurs propres pays. La création cartographique devient alors une spécialité bien définie demandant une formation étroite et une habileté professionnelle, dont la dynastie des Cassini est un exemple accompli.

Cette carte qui servit longuement de référence fut reprise dans son aspect général par bon nombre de cartographes. Dans le cartouche de titre, Buache cite ses sources à savoir Delisle ainsi que les observations de terrain de l'ingénieur Houel. Dans le cartouche d'Avertissement il signale la vocation utilitaire de sa carte à l'attention des navigateurs.
Les enjeux géopolitiques peu matérialisés sur nos cartes exposées (hormis sur quelques cartes anglaises ou allemande) méritent un éclairage particulier de par leur importance pour la Martinique.
A l'issue de la Guerre de Sept ans (1756-1763) opposant principalement la France à la Grande-Bretagne, traduite par l'affaiblissement des espaces coloniaux français au profit de l’empire britannique, la France poursuit deux objectifs.
Mieux connaître, contrôler et défendre ses colonies des Petites Antilles et affirmer sa domination sur le territoire. Ainsi fin 1763, trois ingénieurs géographes des camps et armées René Moreau du Temple, Claude Loupia Fontenailles et Louis Gense débarquent en Martinique avec pour ordre du roi de réaliser très précisément des levés topographiques et géométriques de l'île.
Ils doivent décrire l'intérieur des terres mais également les côtes d'où peuvent venir les attaques ennemies principalement des forces anglaises occupant la Dominique.
Les travaux confidentiels de ces géographes destinés aux Dépôts de la Guerre et de la Marine, ministres et gouverneurs aboutiront à la réalisation de superbes cartes extrêmement précises surpassant largement celles des géographes de cabinet.
On peut citer la carte de la Martinique de 1764 de Loupia représentant la première opération de triangulation de l'île ou la prestigieuse carte de Moreau du Temple de 1770 d'une extrême précision toponymique.

Cette carte si elle s'inspire de celle de Delisle, apporte toutefois des informations supplémentaires en pleine guerre de sept ans. Elle situe les points de débarquement des troupes anglaises. Débarquement échoué au fort Saint-Pierre mais réussi le 16 janvier 1759 non loin de la Pointe des Nègres.
Dans le cartouche Kitchin dévoile une partie de la carte de la Guadeloupe en y précisant la date du débarquement Anglais, le 23 janvier 1759.

Cette carte se situe dans le même contexte géopolitique que celle de Kitchin, en plein conflit franco- britannique. Bowen, dans le but de rendre probablement plus intéressante sa carte présente ses sources comme étant issues des cartes françaises les plus modernes.

Cette carte propose dans un cartouche une fine gravure représentant une vue du Fort-Royal. Dans le cartouche de titre, Raspe relate les luttes incessantes entre les puissances coloniales pour la possession de l'île (attaque hollandaise en 1674…) et notamment lors de la guerre de 7 ans (attaque anglaise en 1763, occupation anglaise…).

Cette carte posthume de Jefferys connue de multiples éditions, depuis sa première parution en 1775 jusqu'au début du XIXème siècle. Elle comporte 2 cartouches présentant le cul de sac du Robert et le cul de sac Royal dans lequel Jefferys précise le lieu du débarquement anglais de janvier 1759 (Fond Gueltier), ainsi que le nom de l’officier chargé des opérations (le général Hopson).
Pour naviguer, il fallait non seulement de bonnes méthodes de navigation, de bons instruments mais aussi des documents nautiques de qualité. Au XVIIIe siècle beaucoup de cartes marines étaient encore approximatives et des erreurs de navigation furent la cause de naufrages.
Le dépôt des cartes et plans de la MarineAu sein du dépôt des archives de la Marine, créé en 1699 par Colbert, est constitué en 1720 le dépôt général des plans, cartes et journaux de la Marine. Cet organisme entièrement dédié à la documentation nautique, collecte et archive toute la documentation utile à la navigation, produit et diffuse de nouvelles cartes à partir des sources disponibles.
Naissance de l’hydrographie
Au début du XIXe siècle, les progrès de l’hydrographie sont considérables et la formation des ingénieurs hydrographes est assurée par une filière d'hydrographie. Le 6 juin 1814, est créé le corps des ingénieurs hydrographes de la Marine. La formation pratique est confiée à Charles-François Beautemps-Beaupré (1766-1854) considéré comme le père de l'hydrographie scientifique. Formé au contact des savants du Siècle des Lumières il mit au point des procédés entièrement nouveaux de levés des cartes, s'affranchissant des relèvements à la boussole et suscitant l'admiration de l'ensemble du monde maritime.
En 1886, le Dépôt général de la Marine devient le Service hydrographique de la Marine jusqu'à définir la référence de ce qui fait aujourd'hui le Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM).

Pour cette carte générale de la Martinique, Bellin adopte une présentation originale en utilisant une perspective peu utilisée. L'île est en effet placée sous une coupe horizontale traversée par deux axes indiquant l'orientation.

Cette carte augmentée d'un cartouche du Plan du Cul de Sac Royal et dressée au Dépôt de la Marine est la première véritable carte hydrographique française. Comportant les localisations des mouillages, cailles (récifs) et autres passes, elle demeura pendant près de 70 ans la référence en matière de cartes hydrographiques et fut extrêmement utile aux marins et navigateurs.

Cette carte de Bellin reprend l'essentiel des données de sa célèbre carte hydrographique de 1758. Elle a été éditée à Nuremberg par les Héritiers de Homann, l'une des plus célèbres maisons d'édition d'Allemagne.

Cette carte du Nord de la Martinique reprend et actualise de manière générale les données de la carte de référence de Bellin de 1758. Ces cartes furent pendant plusieurs décennies le bréviaire des navigateurs et de la flotte des "vaisseaux du roi".

Cette carte du Sud de la Martinique reprend et actualise de manière générale les données de la carte de référence de Bellin de 1758. Ces cartes furent pendant plusieurs décennies le bréviaire des navigateurs et de la flotte des "vaisseaux du roi".

Cette carte de par sa parution dans l'ouvrage à fort succès de Raynal (pas moins de trente éditions différentes en France et plus de cinquante contrefaçons à l’étranger) fut diffusée et copiée à travers toute l'Europe.

Cet atlas comprend 9 cartes et plans d'une extrême précision des principaux ports, mouillages, côtes, sondes, passes. Remplaçant les cartes marines obsolètes (notamment celle de 1758 de Bellin) il constitua la référence du Dépôt Général de la Marine jusqu’au début du XXème siècle.

Cet atlas comprend 9 cartes et plans d'une extrême précision des principaux ports, mouillages, côtes, sondes, passes. Remplaçant les cartes marines obsolètes (notamment celle de 1758 de Bellin) il constitua la référence du Dépôt Général de la Marine jusqu’au début du XXème siècle.
L'élaboration de cartes étant un travail complexe, long et méticuleux il n'est pas étonnant que bon nombre de cartographes furent tentés de copier les travaux d'autres afin d'en tirer profit.
Au XVIIe siècle il était normal d'utiliser le travail des autres car ce n'était pas perçu comme du vol. Certains cartographes se copiaient entre eux sans réellement ajouter de nouvelles informations et sans vérifier l’exactitude des documents recopiés. Ils reproduisaient des erreurs et les aggravaient parfois par l'ajout de données fantaisistes.
Une autre pratique de l'époque consistait à publier de vieilles cartes en les rajeunissant par une nouvelle date, ce qui engendrait la réapparition de cartes désuètes, des années après des versions plus élaborées.
Emergence du droit d’auteur
Au XVIIIe siècle, est reconnu le principe d’une cartographie d’auteur. L’Académie des sciences de Paris devient en Europe l’organisme de référence pouvant trancher en matière de nouveauté. Quelques procès pour plagiat en témoignent. Vers 1706 les cartographes français Delisle et Nollin s'opposent, le premier accusant l'autre, auteur d’une mappemonde, d’avoir copié son planisphère. A l'issue d'un procès de près de 5 ans, les cartes de Nollin furent saisies et mises au pilon. Si ces pratiques de plagiat se poursuivent un peu, bon nombre de cartographes commencent à rappeler le nom de l'auteur original (d'après le croquis de M…., réalisée selon les travaux de M……..).
Certaines des cartes que nous présentons reflètent ces pratiques et il n'est pas rare d'y rencontrer plusieurs représentations identiques de la Martinique à des années d'intervalles, ou d'observer la réapparition de vieilles cartes près d'une cinquantaine d'années après leur création.

Cette carte qui reprend partiellement des éléments de celle de Van Keulen dont la petite vue du relief, s’inspire fortement de celle de Delisle. Le Rouge cite à plusieurs reprises ces 2 cartographes, tel l'exemple du positionnement de la Caravelle. Le Rouge fait également un bref rappel historique sur les débuts de la colonisation et quelques attaques anglaises et hollandaises.

Cette carte s'inspire fortement de celles des cartographes français Delisle et Buache, sans y apporter de réels changements.

Hormis les coloris et le cartouche d'auteur laissé désormais vide, cette carte reprend à l'identique la carte de 1758 de Bellin, orientant l'île sous une coupe horizontale.

Cette carte à l'instar de celle de 1760 de Jefferys, s'inspire fortement de celles des cartographes français Delisle et Buache, sans y apporter de profonds changements.

Cette carte de Delisle et Buache ressortie telle quelle par l'imprimeur Dezauche 47 ans après l'édition de 1732 reflète une pratique courante chez certains imprimeurs consistant à "rajeunir" de vieilles cartes dans un intérêt purement commercial.

Cette carte s'inspire fortement de la célèbre carte hydrographique de 1758 de Bellin. Lopez y adjoint une description synthétique des divers travaux géographiques de l'île. Il débute ses explications dès les premières observations astronomiques vers 1682 puis mentionne successivement les travaux importants de quelques géographes : R.P. Feuillé, Cassini, Delisle, ou encore Bellin.

Cette carte éditée après sa mort présente une grande similitude avec celle de Bonne de 1780 dont elle s'inspire très largement.
Au début du XXe siècle, l'ensemble de la planète est pratiquement exploré. Les progrès de l'imprimerie et les deux avancées scientifiques que sont la photographie et l'aviation vont considérablement améliorer la qualité des cartes et projeter la cartographie dans une nouvelle ère. En 1949, la France est entièrement photographiée (plus de 5 millions de clichés). Concernant la Martinique, dès 1925, le gouverneur passe avec la Compagnie aérienne française un marché pour la réalisation de la première couverture aérienne de l'île.
Dans la seconde moitié du siècle l'utilisation des satellites associée à celle de l'informatique prend le relais de la photographie aérienne et plus un seul recoin du globe n'échappe à leur vigilance.
Les systèmes d’information géographiqueLes systèmes d'information géographique (SIG) s'imposent à partir des années 1970 permettant grâce à l'outil informatique, l'analyse automatique de bases de données géographiques (ou géoréférencées) et leur mise en rapport avec un mode de représentation (ou de projection) déterminé.
L'essor de la micro-informatique depuis les années 1980 et la démocratisation d'Internet dans la seconde moitié des années 1990, offrent à chacun un accès libre à de nombreuses banques de données géographiques distantes. Inscrit dans cette révolution en marche, le dernier développement en date est la popularisation des systèmes de positionnement par satellite (GPS).
Cette dématérialisation de la carte, qui sépare l'information géographique de sa représentation confondue jusque-là, constitue certainement le pas le plus décisif accompli par la cartographie depuis la Renaissance.
Le besoin d’intégrer dans les représentations spatiales les données sur le flux de personnes, de marchandises, les réseaux urbains est devenu pressant à la fin du XXe siècle. Il est à l’origine de la cartographie dynamique qui représente les phénomènes dus au mouvement, au changement. Avec les nouvelles techniques de mesure et de représentation (infographie, télédétection) les systèmes d’information géographique deviennent riches et complexes, et leurs applications infiniment diversifiées.
Le SIGMALe SIGMA (Système d'Information Géographique de la Martinique) est issu d'une démarche engagée depuis 1992 par l’IGN, le Conseil général et la DDE de la Martinique. Désormais géré et développé par le Conseil général, véritable outil d'aide à la gestion, à la diffusion et à l'aménagement du territoire, il est constitué de multiples applications thématiques dont la plupart sont accessibles à partir du portail du Conseil général.
http://www.sigma972.orgDe manière conviviale on peut notamment y découvrir la Martinique en 3D, localiser rapidement un lieu dit, partir à la découverte des sentiers de randonnées, obtenir des informations sur l’état du réseau routier (e-guidage), localiser les chantiers programmés ou en cours sur l'ensemble du réseau routier départemental…
La banque numérique des patrimoines martiniquais
C'est en s'appuyant sur cette masse de données et cette ingénierie qu'a été lancé en 2008 le projet de la banque numérique des patrimoines martiniquais, qui va enrichir la connaissance accessible dans nos archives, musées et bibliothèques. Ce projet associera des documents anciens et des données collectées aujourd’hui par les professionnels du patrimoine (monuments historiques, sites archéologiques…) avec les repères et espaces décrits et géolocalisés dans le SIGMA.